Samedi 14 novembre 2009
Laetitia a laissé un commentaire inquiet sur un blog parce qu'elle va être hospitalisée et peut-être mise sous sonde. Je ne sais pas si c'est indispensable, si le pronostic vital est en jeu. J'ai lu l'approche de la maison de Solenn où les sondes sont très rares. Je n'ai pas été hospitalisée quand je pesais 33kg pour 1m56! Mon poids a été indéfiniment très bas. Je tenais le choc, avais un cycle régulier. Je vais oser dire que j'étais moins fatiguée que maintenant où j'ai pris du poids après une opération gynécologique. J'ai découvert l'existence des sites "pro-ana" par les sites de régime. Je n'avais pas fait exprès d'avoir le poids conseillé par les anorexiques pour ma taille. J'ignorais tout de ces histoires. Je me battais contre des dames, et vomissais après certains appels téléphoniques...
Je n'étais pas carencée : à la base, je suis solide pour la foire aux bestiaux!!!
Je sais que l'on gave aussi des gens âgés : c'est monstrueux!
Une jeune interne qui sculpte dans le même atelier que moi me disait s'intéresser à la nutrition et au surpoids bien qu'elle soit très mince. Je lui ai dit m'intéresser à la nutrition pour lutter contre les famines, les problèmes de sevrages brutaux....Cette jeune interne avait fait un stage dans un hôpital de pointe en Inde. Je n'ai connu que des structures misérables et sans moyens à Calcutta....
Si l'on parlait moins de bouffe, d'obésité comme de minceur non atteignable sans que l'on voit les os s'il s'agit des manequins utilisés dans les magasins, manequins sans forme, ossus, foi de sculpteur!
A chacun de voir : les uns aiment montrer leurs côtes à La Pentecôte pour une grillade rituelle, les autres aiment les corps moelleux confortables!
Si tu es maigre , tu es coupable...Si tu es gros, tu es coupable! Merci, messieurs, mesdames les moralistes! Qu'avez-vous dans la caboche? Je ne sais pas mais " boche " m'inspire plus d'idées de condamnation! Pas vous?
Pour vous faire rigoler, j'ai vu une pub à côté de mon blog "mehareesdemaryam.blogs.fr" pour les randonnées avec jeûne au Maroc, dans le désert! Je l'ai fait sans payer dans le désert du Niger et de L'Algérie!!!!
Demain, je traduis de l'hébreu :j'ai déjà mal aux yeux. Bonne nuit!
Par Elisabeth de Hautségur
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Samedi 14 novembre 2009
Inès est modèle pour les cours de sculpture. Elle est arrivée en France pour ses études de lettres qu'elle a réussies. A la pause, hier soir, Inès est venue vers moi. Elle s'inquiétait de ma santé, se souvenant que j'avais été opérée l'an dernier à l'époque où elle posait à l'atelier. Inès m'a confié avoir été opérée pour un cancer du sein stade 2, et être encore en soins. Dino nous a laissé parler sans bousculer la reprise de pose. J'entends Inès me dire : " une mammographie tous les deux ans, c'est insuffisant. En mars, je n'avais rien. En juillet, j'avais un cancer stade 2". Inès reste si belle qu'elle peut poser,nue. Elle m'a montré la cicatrice de l'opération et les traces de la radiothérapie lorsque nous fûmes en dialogue. La chimiothérapie a été évitée à cause d'un traitement hormonal nouvellement mis au point.
Inès est ménopausée par ce traitement. J'ai senti que c'était lourd pour cette belle femme qui n'aura pas eu le temps de donner la vie. Je lui ai parlé de mon intervention gynécologique  avec ablation des ovaires et des trompes pour suspicion de cancer. Ma mère était décédée. Je ne voulais pas mourir pour éviter cela à mon père. J'ai écrit à une de ses soeurs, lui faisant part de mon inquiétude pour mon père que j'ai mis au courant par étapes. J'ignore ce qui s'est produit dans mon corps mais j'ai pris plus de vingt cinq kilos sans changer d'alimentation. Colère du corps castré? Je ne sais. Je n'ai pas les moyens de faire faire des examens de suivi régulier. Mon amie Inès doit être prise en charge à 100%, je pense.
Je revois, Mona, peintre, égyptienne, loupée lors d'une opération au Caire pour son cancer du sein, ayant filé sur Paris où elle a vécu dix ans de sa peinture et d'un héritage dans un grenier fort sympathique. Mona avait une gaité et un entrain bouleversant. Elle eut une belle histoire d'amour influançant sa peinture. Elle créa une association d'artistes d'Afrique et du Moyen Orient. Elle méditait avec des techniques soufies pour tenir, de jour en jour, car elle eut trop vite des métastases. Je ne sus pas pourquoi je n'avais plus de nouvelles de Mona, crus qu'elle avait besoin d'isolement. Elle avait fermé ses portes sur la fin de son cancer, mais j'aurais dû envoyer des épîtres avec mes joies liées aux explorations de la couleur car elle y était très sensible. Son fils est arrivé du Caire peu avant son décès. Une amie palestinienne de Mona restait en lien avec elle. Mona se sentait défigurée par le cancer et voulait se cacher. Son fils l'a accompagnée pour le grand passage....
Inès n'a pas d'enfants. A nous amis, d'être présents. Dino saura tout si cela s'aggrave. Attention : nous vivons dans un monde où l'isolement est dangereux. Attention, votre ami est peut-être en profonde détresse.
J'ai rêvé de l'époque où je maigrissais malgré moi sous le choc de drames familiaux, à l'époque des trente trois kilos. Dieu, que j'ai été seule durant cette période! J'écoutais deux délirants, un ami de mon frère amoureux de moi délirant sexuellement à mon sujet et me servant le délire de mon frère que j'avais aussi en direct. Ce passé a une saveur d'horreur. Mon frère n'est pas guéri. Le suis-je, moi-même, n'ayant pu me libérer des poids tragiques? Il est parfois dur de vivre. L'on essaie de continuer malgré la souffrance, le mal-être, les soucis, l'absence totale de sécurité. Et si nous étions plus proches les uns des autres ?
Par Elisabeth de Hautségur
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Jeudi 12 novembre 2009
Chère Marguerite,
Ce carabin n'était qu'un dealer, me donnant ma came gratis pro Deo. Il se prenait au sérieux avec son doctorat de médecine ( je suis sûre qu'on en vend aux Puces de Clignancourt), s'attendait à me voir terrassée quand je suis rentrée de vos obsèques et du tralala qu'il nous fallut jouer, demandant à tous ceux qui nous avertissaient de leur mort imminente : " vous ne voulez  pas rester encore un peu avec nous?". Rôles inversés mais nous étions habitués aux étrangetés avec vous! Je suis rentrée, épuisée, à Paris, après dix jours sans sommeil, attendant de tomber raide! Je n'avais pas l'air compassé et " le connard" ne comprit pas pourquoi je pris un fou rire devant sa mine d'enterrement!  J'étais secouée de rires : il n'avait jamais vu cela! Ce mécréant tenta de me raconter un bobard sur la morale et le fait que je ne devais pas rire! J'ai explosé de rire en lui demandant ce qui lui arrivait!!!
A propos de connards, je revois vos larmes de fou rire tandis que je vous contais une de mes aventures de labeur nocturne à l'hôpital. La remplaçante de la surveillante venait faire la causette et il y avait un boulot dingue. Je travaillais avec Vincent mon collègue de l'autre service. La pseudo-surveillante nous parla d'une personne travaillant à l'hôpital, ayant épousé sur le tard un certain Monsieur Connard. Le regard pétillant de rire, la voix émoustillée, je l'interrogeai: " et ils ont fait beaucoup de petits connards?". Vincent a explosé d'un fou rire que le mien ne fit qu'accentuer! Je ne sus pas combien de petits connards étaient nés de cette pieuse union...., la pseudo-surveillante étant partie, vexée!!! Le lecteur ne peut entendre le ton de mon interrogation, un ton coquin qui devait être dans vos gênes!!!!
Vincent aimait bien être affecté au service du même étage que le mien et j'appréciais nos rires comme notre labeur.
Votre fille avait des absences de censure dignes des vôtres. Un soir, un africain de mon service me demanda s'il pouvait occuper le salon de la télévision pour sa prière. Je lui demandais s'il était musulman. Il me répondit qu'il était bouddhiste. Après son entrée dans le salon, je me tournais vers Vincent : " je ne savais pas qu'il y avait des bouddhistes de cette couleur-là" ( j'étais sincèrement étonnée), et Vincent explosant en fou rire commenta : " tu n'es pas sortable". Ma réflexion déclencha aussi un fou rire chez vous....
Au département fous rires, me revient votre question horticole posée, au départ, innocemment, à table, chez mes cousins : " comment féconde-t-on les bergerons?" (pour le lecteur, il s'agit d'abricots!). En prononçant votre phrase, vos yeux étaient pétillants de rire bien que vous souhaitiez une réponse sérieuse et horticole. Mon fou rire avait démarré, et celui d'autres commensaux également. Un de mes oncles répondit, candidement, lui homme peu habitué à plaisanter : " ce n'est pas moi qui m'en occupe" puis pouffa de rire à son tour. Il fut impossible de calmer les uns et les autres et vous n'eûtes pas de réponse horticole.
Le carabin dealer  a pris sa retraite, et j'ai des soucis de came comme de sevrage, les deux me posant des problèmes difficiles à résoudre. Reste St Pifomètre pour mes essais chimiques, et l'usage d'un placebo homéopathique qui porte le nom de ma came : cette trouvaille s'appelle " préparation magistrale". Elle n'est pas au programme de Polytechnique!  Il est préférable d'avoir plusieurs diplômes, l'esprit explorateur, le sens des expériences et l'art d'en tirer une leçon....Euh...Vous souvenez-vous de votre démonstration par l'absurde devant vos galopins à qui vous vouliez indiquer ce qu'il ne fallait jamais faire? Des mères comme cela, on n'en fait plus! Vous versâtes une bonne dose d'essence dans l'évier, craquâtes une allumette et la flamme monta jusqu'au plafond!!! Jean François scandalisé vous engueula : " c'est idiot ce que vous faites, Maman"! Je pensai que vous étiez un peu dingue mais j'eus votre confidence quelques années plus tard : vous ne pensiez pas avoir versé une telle dose d'essence, et vous eûtes peur!
Merci pour tous nos fous rires!  Vous étiez une très bonne élève et avez appris le moba, langue africaine, avec moi. Cela vous sert à quelque chose Là Haut? A bientôt. Votre fille complice, Elisabeth.
Par Elisabeth de Hautségur
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Jeudi 12 novembre 2009
Allo, Maman,
Il faut que ce " putain" de téléphone soit muet aujourd'hui! Je ne sais où en est Monsieur mon père qui s'ennuie sans vous. J'essaierai de le joindre plus tard...
Vous ne voulez pas qu'on en fasse trop?  Je n'ai rien compris au théatre qui se joua, il y a cinq ans! Vous n'aviez pas pu faire une expérience en raison de votre père polytechnicien, mais nous n'avions pas d'électricité. Pas feutrés, lampes à pétrole : quel tralala!!! Quant à l'histoire de votre cercueil réouvert après déplacement, vous savez que je ne l'ai pas digérée! Ma soeur fut inconsciente : c'est un manque total de respect que de faire des choses pareilles. Jusqu'à la fin, vous fûtes une comédienne de talent. Vous n'avez pas reçu la lettre de vos camarades de classe avec toutes vos qualités, mais tous les voisins et proches ont défilé, et il fallut en consoler beaucoup. Les voisins ont voulu vous mettre une plaque de remerciement sur la tombe : j'en fus émue.
J'ai mis quatre ans à faire disparaître le calendrier de 2004 resté à la page de novembre. J'ai inventé un rite de type africain, le mettant derrière une sculpture mariale, avertissant Christiane pour le cas où quelqu'un cherche ce calendrier que Papa n'avait pas jeter. Au passage suivant à Sarron, je mis le calendrier dans le feu du fourneau de la cuisine. Vous n'auriez pas attendu quatre ans...
Le téléphone : vous le fîtes sonner dans le vide chez votre soeur, ma marraine. Votre inquiétude allait croissant, d'autant plus que vous sûtes qu'elle n'était pas allée à la réunion des soignants des pélerinages pour Lourdes. Vous prîtes votre deux chevaux, fonçant chez elle, à trois cent kilomètres. Une lumière était allumée en plein jour, la voiture de ma tante était là.... Vous fîtes défoncer la porte. Tante Elisabeth, paralysée depuis une semaine, vous reconnut : " Oh! Que c'est gentil d'être venue "! Je n'étais pas au courant et quand je le fus, je ne pus vous joindre : une semaine sans boire. Tante Elisabeth ne pouvait survivre quelle  que soit l'action de l'hôpital. Joseph ( votre fils) m'appela affolé : " c'est de l'abandon conjugal. Papa va très mal" ( en fait Papa vous avait conseillé de partir)! Je ris de l'abandon conjugal. Joseph ignorait où vous logiez : je n'avais aucun moyen de vous joindre et Tante Elisabeth m'avait fait promettre d'être là, lors de son agonie. Je voulais vous dire de passer la nuit à l'hôpital : je savais que c'était la dernière. Vous espériez que l'hôpital puisse la sauver, et votre frère vous avait invitée à dîner. Ma pauvre petite mère, vous avez dû souffrir d'avoir accepté cette invitation! Votre miracle est d'avoir permis à ma tante de vous voir, d'avoir été là alors qu'elle était consciente, d'avoir vu qu'elle se préparait à mourir comme les carmélites, allongée, les bras en croix, bien qu'elle fut sortie démolie du Carmel au bout de cinq ans.
Maman, vous étiez toujours là en cas d'épreuve, et même dans les drames, vous gardiez votre sens de l'humour. Vous étiez profondément généreuse, déroutante par ce grand coeur parfois drappé d'un voile de snobisme, mais Cyrus en labrador stylé vous adorait. Vous l'avez nourri sur vos genoux quand il était petit, peut-être avec des biberons...
J'ai re-visité tous les endroits que vous aimiez à Paris, dont beaucoup de lieux avec de très beaux tableaux.
Je pense encore à vous  chez les bouquinistes, sachant quel cadeau vous aurait fait plaisir.
Allo, Maman, vous venez m'aider pour ranger mon appartement ?Vous aviez de la méthode, du rendement, de l'humour, l'art de faire des expériences dangereuses pour pimenter la vie!
Vous souvenez-vous que je vous ai demandé de m'exécuter la danse du ventre et que vous le fîtes avec talent? Vous avez ri en le faisant.  Vous ne perdiez pas une occasion de rire.Vous pensiez sans cesse aux autres, parfois avec trop d'inquiétude, mais vous pensiez à eux, et je crois pas assez à vous car vous étiez soignée en dépit du bon sens.
Maintenant, vous savez pourquoi St Benoit Labre est venu dans le salon : que voulait-il vous dire? Il me plaît ce saint clodo et il connait la famille. Papa m'a dit qu'il n'avait rien vu : il ne sait que penser. Maman, il ne fallait pas faire un signe de croix en lui disant de partir : il aurait bu un café, un de vos cafés décaféinés parce qu'il était très tard!
Maman, j'aimerais vous parler et vous entendre : vous direz au gouvernement Trinité qu'il est mal organisé en termes de communication! Vous êtes là et vous n'êtes pas là : il doit y avoir des solutions plus simples. Je vous aime et ne vous l'ai jamais dit de votre vivant. Je n'osais pas, je ne le savais pas vraiment. Je vous aime. Vous savez : c'est beaucoup plus fort que ce que j'ai dit aux hommes à qui je n'ai jamais prononcé de tels mots Un jour, j'ai pu vous confier que je savais très bien ce qu'était l'amour conjugal et vous en fûtes très touchée, regrettant que je ne puisse officialiser la chose. Nous étions très complices, ce jour-là, et je devinais que vous cherchiez à quoi ressemblait ce gendre blond aux yeux bleus. Ma petite mère, merci d'être vous. Votre fille farfelue, Elisabeth.
Par Elisabeth de Hautségur
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Jeudi 12 novembre 2009
Ma chère Maman,
Il restera toujours un mystère mais je vous transmets ce que j'ai compris des propos de Papa. Vous vous êtes levée pour aller aux WC, êtes rentrée en disant : " C'est bizarre. Je ne sens plus ma jambe". Je ne crois pas que vous ayez éteint la lampe, Papa et vous. Tout alla si vite. De nouveaux mots ne purent franchir la porte de vos lèvres. Vous tentâtes d'écrire un numéro de téléphone, semble-t-il....Par votre regard,vous avez comme demandé pardon à Jacques de partir si vite : il me l'a dit, récemment.
A 0h15, il avait appelé Le Samu, réveillé Pierre ( votre fils, mon frère). Vous fûtes transportée à l'hôpital qui dit à Papa : " C'est la fin. Nous ne pouvons rien faire". Vous aviez une perfusion, sans doute avec ce qu'il y avait de mieux en cette circonstance, des électrodes reliés à un écran où Papa a suivi le tracé de votre électrocardiograme. Vous aviez tous les moines du monde en prière, vous portant, en cet instant où vous ne pouviez plus parler. Vous aviez vos proches déjà partis en Dieu mystérieusement présents. Papa tenait votre main et priait en silence. Au bout de cinquante cinq ans de mariage, vous l'entendiez.
Maman, Guy Gilbert était à côté de ses pompes, ce soir, abordant un sujet trop profond pour le tohu bohu du quotidien. Il voulait parler de la mort, des obsèques, nous demandant nos desiderata pour nos obsèques. Je lui ai envoyé quelques mails dont un destiné à le faire rire avec ma demande faite à Jean François d'envoyer mon corps à l'usine de compost du Moqattam au Caire, usine créée par Sr Emmanuelle. Mes autres mails étaient sérieux. Celui-ci qui correspond à ce que j'ai écrit à Jean François (votre fils aîné, mon frère aîné) n'était que le résultat de mon choc devant ce putain de caveau inaccessible et pas du tout poétique.... Bien entendu, je me fiche de ce que l'on fera de mon cadavre : pour une fois, je ne ferai pas la toilette mortuaire!!!! Bon courage aux copains!  Qu'ils soient sobres et gais. Je serai ailleurs, contemplant L'Amour Inconditionnel. Je serai sous les rayons du Soleil Divin dilatant mon coeur à l'infini.
A cette heure, j'aimerais appeler des amis, évoquer ce mystère de la mort surtout après les oraisons funèbres de Guy Gilbert pas plus joyeux que Bossuet. Il aurait dû fumer un joint, lui qui en parle et n'en a peut-être jamais fumé!
Vous jouez votre rôle de mère ? Rassurez-vous : j'ai fumé très peu de joints (cinq au maximum). Cela n'a guère d'intérêt!
Je revois Grand-Mère ( votre mère) dans le grand jardin avec des fleurs splendides, et je la vois avec des fleurs rouges ( des roses peut-être). Je l'avais prise en photo avec Tante Solange. Grand-Mère est morte alors que j'avais quatorze ans : coupure dans ma vie, complications familiales. Maman, pardon pour l'instransigeance de mon adolescence : je vous ai reproché de partir avec des vêtements de deuil alors que Grand-Mère était encore en vie. Vous aviez quarante ans....Néanmoins, vous ne trouvez pas que vous en aviez fait trop, tous, à cette époque, en vous déguisant en Belphégor!!! Allez nous causer de resurrection après ce cinéma!!!!!
Les us de 1968 ont simplifié les choses....
Guy déraille en disant que si l'on dit des " ave maria " tous les jours, la mort se passe très bien et quasiment sans souffrance!Si cela était vrai, les hôpitaux brancheraient des cd d'ave maria dans les chambres. Heureusement, l'acueuil de Dieu n'est pas lié à une comptabilité de nos prières.
Le paradis des musulmans a un beau jardin. J'espère que le vôtre a aussi un beau jardin : vous aimiez jardiner, et le curé briefé par trois d'entre nous a parlé de vos travaux dans le petit jardin ( long de 100m pour le lecteur) , le grand jardin étant plein d'arbres fruitiers....
Avant de suivre le corbillard des Pompes pour votre messe d'obsèques, j'avais lu la fin de l'évangile de Jean sur La Résurrection, et je plongeais mon regard dans les yeux de braise de Charles de Foucauld d'où irradiait L' Amour Inconditionnel.
Maman, pourquoi attachons-nous tant d'importance aux choses morbides? Nous sommes incarnés mais les africains dansent. Nous aurions dû danser pour vous : cela vous ressemblait. Jacques votre tendre époux aurait pu oser un tango charmant avec Tante Annick si prête à le soutenir, elle qui est partie brutalement, il y a deux ans et demi.
Maman, si Jacques ne dort pas, apaisez-le. Je sais qu'il revoit tout à cette heure.
Maman, comment est-ce Là Haut?
Par Elisabeth de Hautségur
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