Mardi 31 janvier 2012
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16:40
Mona, ya habibti,
Il me fait chier, ce type, qui ose se mêler de mon budget !!!! Il est con et mal élevé, cherche à connaître le patrimoine de mon père ce qu'aucun d'entre nous ne sait ni ne veut savoir.
Toi, tu peux me comprendre puisque tu as tenu dix ans avec les sous de ton héritage et de la vente de tes tableaux, dix ans de lutte contre le cancer, dix ans de fous rires, de complicité....
J'aimais bien aller voir ta préparation d'exposition, l'art d'éviter qu'un tableau éteigne une autre toile. J'aimais tes couleurs et j'aimais en complice joyeuse certains épisodes de ta vie,
devinés sur tes tableaux. Nous éclations de rire après que j'aie esquissé : " Ca à l'air d'aller bien en ce moment...."
Aucun de tes amis ne s'est mêlé de tes finances : élémentaire entre amis !!!!!
Tu me savais dans la dèche, assumant le boulot nuit et jour, la famille pêtant les plombs, et quand quelqu'un me balançait un nom de camp de concentration, tu prenais ma défense. Tu avais été
squelettique pour des problèmes de famille.
Si je te racontais les questions indiscrètes qui me sont posées, tu partirais avec moi dans un gigantesque fou rire.
Mona, c'est un problème de spaguettis : ce fut fatal pour Thomas d'Aquin dont la table de travail avait un trou en demi-cercle pour qu'il puisse mettre son ventre et dérailler en sommes
enquiquinantes!
Il me semble qu'il était dominicain si bien que je suppose que des problèmes de spaguettis atteignent un dominicain italien expert en questions indiscrètes !!!
Ce connard de Thomas d'Aquin disait que l'âme arrivait ( par les nouvelles technologies?) au troisième mois de grossesse!
Pépère : elle arrive à la conception ou elle n'existe pas! Cette logique est du niveau de ce que j'enseignais en mathématiques à mes élèves de sixième !!!!
Soufie et méditante, tu étais armée pour la lutte contre l'adversité, et tu rayonnais de joie, malgré ce putain de cancer qui s'étendait.
Tu fondas une association pour les artistes d'Afrique avec ton bel amant offert dans la cure de jouvence de L'Abbé Soury.
Mona, je comprends que tu te sois cachée, la dernière année de ta vie, ne pouvant plus masquer les ravages de la maladie.
Tu avais des amis proches (pas nombreux) à qui tu osas montrer cette fin pénible.
Dieu avait tout prévu : lors d'un téléphone entre Le Caire et Paris, ton fils comprit qu'il fallait prendre l'avion en urgence. Il t'as accompagnée " Fantôme d'Orient" pour traverser d'une
rive à l'autre.
Mona, je t'aimais beaucoup et me sentais complice, étudiant de très près le choix de tes couleurs. Nous avons tant ri, ensemble ! Un jour où j'étais trop sérieuse en lisant le marc de café, tu
pris un fou rire. En somme, ta mère était une duchesse comme la mienne, et j'entends tes grands éclats de rire avec mes histoires de duchesses.
Mona, tu étais belle, très belle, et les gens qui venaient d'exposition me semblaient prêts à t'acheter avec ou sans les oeuvres!Tu détestais que l'on te dise que tu étais belle, alors que tu
exposais tes oeuvres.
J'ai trouvé un article de toi dans une encyclopédie et j'en fus émue.
Et tu accumulais les péchés budgétaires, en prenant l'avion pour Le Caire depuis Paris, ou l'inverse.
Tu étais libre, ya habibti.